La veille de l’ouverture du Space, Ouest-France a organisé, au sein de la Rennes School of Business de Rennes, la deuxième édition des Assises de l'élevage et de l'alimentation. Une journée d'échanges et de réflexions sur les nouvelles attentes sociétales et leurs enjeux pour l’ensemble des acteurs de l’agroalimentaire
Quelle agriculture pour quelle alimentation ? Ou plutôt quelle alimentation pour quelle agriculture ? Ces questions résument à elles seules l’essence même des débats qui ont animé la deuxième édition des Assises de l'élevage et de l'alimentation, organisées par Ouest-France, le 11 septembre dernier à Rennes. Selon Christian Couilleau, directeur général d’Even, l’un des nombreux experts invités à s’exprimer lors de cette journée, les nouveaux enjeux qui entourent aujourd’hui l’ensemble des filières de l’agroalimentaire, au niveau national et international, s’articulent autour de trois grands axes : « La santé, scientifique et perçue (lire encadré), le confessionnel et l’environnement. »
À cela s’ajoute la question du bien-être animal : castration des porcs, poules élevées en cages, vaches en bâtiment, etc. Un sujet, devenu phénomène de société, qui impacte directement les éleveurs, déjà confrontés à une crise importante et à une diminution de la consommation de viande. « En France, nous avons la meilleure application des normes européennes, assure Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, conviée avec Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, à s’exprimer sur ces nouveaux défis qui s’imposent aux éleveurs. Ils intègrent tous les éléments pour améliorer le bien-être des animaux dans les nouveaux bâtiments. Mais le contexte est difficile. Ils savent et peuvent tout faire, à condition que les productions soient rentables. »

Wellfaristes et abolitionnistes
« Il y a aujourd’hui quatre grandes visions de l’élevage en Europe, explique Christine Roguet, économiste à l’Ifip (Institut du Porc) et coordinatrice du projet Accept (Acceptabilité sociétale de l’élevage en France). Les compétitifs (10 %), satisfaits du système actuel ; les alternatifs (25 %) qui souhaitent la fin de l’élevage intensif et prônent le bio, les circuits courts ; les progressistes (50 %) qui ne sont pas opposés à l’élevage conventionnel mais attendent des évolutions ; et les abolitionnistes (2 %) qui veulent voir disparaître les élevages. » Ces derniers sont les plus virulents, à l’instar de L214. « Il y a plusieurs types d’associations de défense des animaux, celles avec lesquelles le dialogue est possible, les wellfaristes, et les abolitionnistes, qui tétanisent les éleveurs », souligne Christiane Lambert.
Ouest-France a donc décidé d’organiser un débat inédit, baptisé La guerre des images, réunissant autour de la table la porte-parole de L214, Brigitte Gothière, Jean-Louis Peyraud, directeur scientifique adjoint en charge de l’agriculture à l’Inra et Antoine Thibault, éleveur laitier et youtubeur, qui, sous le surnom d’Agriskippy, prend le contrepied des vidéos à charge sur l'élevage, en diffusant des images tournées sur sa ferme, « où les vaches sont respectées, n’ont jamais faim, jamais soif. Selon vous, un élevage comme le mien doit-il disparaître ? »
E. Mouraud