Salon international de l’agriculture : « Une interaction entre la filière céréalière et la filière animale »

Le 29/04/2019 à 9:35 par La Rédaction

L’édition 2019 du Salon international de l’agriculture a été l’occasion de mettre en lumière la fabrication des aliments pour animaux : entretien croisé avec Philippe Dubief, président de Passion Céréales, et François Cholat, président du Snia.

Philippe Dubief, président de Passion Céréales, à gauche, et François Cholat, président du Snia.
Philippe Dubief, président de Passion Céréales, à gauche, et François Cholat, président du Snia.

Le millésime 2019 du Salon international de l’agriculture (SIA) s’est déroulé du 23 février au 3 mars, Porte de Versailles à Paris. Comme tous les ans, hall 2.2, Passion Céréales avait invité les visiteurs à entrer dans les coulisses des céréales pour mieux comprendre l’ensemble de la filière et l’origine de notre alimentation. Des cultures à la transformation des produits céréaliers, en passant par la collecte et le stockage, l’univers des céréales s’est dévoilé au grand public à l’occasion d’animations ludiques et familiales. La nouveauté résidait dans la mise en lumière de la fabrication des aliments pour animaux. Nous avons donc proposé à Philippe Dubief, président de Passion Céréales, et à François Cholat, président du Syndicat national de l’industrie de la nutrition animale (Snia), de répondre à nos questions sous forme d’un entretien croisé.

La Revue de l’Alimentation animale : Comment est née l’idée d’une animation dédiée à la nutrition animale à l’occasion du SIA ?

Philippe Dubief : Passion Céréales est un collectif d’informations sur l’ensemble de la filière céréalière française. Celle-ci est composée de trois familles : producteurs, collecteurs et première transformation. Une tonne sur deux est exportée. Sur la tonne qui est valorisée en France, la moitié part en direction des fabricants d’aliments pour animaux d’élevage. Il nous a donc semblé important de mettre en lumière l’usage de la moitié de nos céréales en consommation française. D’autre part, nous montrons l’interaction entre la filière céréalière et la filière animale.

RAA : Pourquoi est-il important que le Snia participe à cette action ?

François Cholat : Par le passé, la nutrition animale était considérée comme un débouché pour les céréales de moins bonne qualité. Aujourd’hui, c’est un vrai client avec ses exigences qualitatives spécifiques. En France, le savoir-faire des entreprises de nutrition animale est réel et reconnu. Faire savoir ce que mangent les animaux d’élevage contribue à l’image qu’ont les consommateurs des denrées alimentaires d’origine animale qu’ils consomment.

RAA : Quelles sont les exigences de l’industrie de la nutrition animale en matière de céréales ?

F. C. : Les normes sanitaires en alimentation animale sont strictes. Nous avons besoin de céréales qui respectent ce haut niveau de sécurité sanitaire. Nous avons aussi besoin de céréales avec un taux de protéines élevé. Ce taux permet de contribuer à nos besoins en protéines. Cependant, nous savons nous adapter aux années climatiques difficiles en adaptant nos recettes et en caractérisant la matière première pour l’utiliser à son juste prix. (…) Nous avons également besoin de traçabilité car avec l’histoire des céréales de nos régions françaises, nous pouvons communiquer avec les filières animales et les consommateurs.

Une explication pratique de la fabrication d’aliments pour animaux à destination du jeune public de la Porte de Versailles.
Une explication pratique de la fabrication d’aliments pour animaux à destination du jeune public de la Porte de Versailles.

RAA : Comment cette animation se déroule-t-elle ?

P. D. : Je reviens un instant sur les propos de François Cholat. Les producteurs de céréales sont prêts à répondre aux besoins en termes de qualité. Celle-ci réside dans deux points : le taux de protéines et les mycotoxines, notamment la Déoxinivalénol, couramment appelée Don. Le travail commence dès le choix de la semence. Interviennent également le travail du sol et la récolte. Le producteur doit être compétitif : il est important d’avoir un prix de marché qui réponde aux attentes et que chacun préserve ses marges pour pouvoir travailler. La France compte 270 000 exploitations céréalières. Celles-ci sont implantées sur tous les territoires. Et cela représente la moitié des terres arables de notre pays. Pour répondre directement à votre question, l’idée de ce stand au SIA était la suivante : comment pouvons-nous traduire, à la fois pour nos politiques et pour le grand public, ce qu’on voulait définir ? Nous avons réfléchi à mettre des animaux. Mais, pour des raisons sanitaires, c’était impossible. Au final, nous avons imaginé une action à laquelle les enfants participeraient. Pour eux, c’est une recette. En vérité, c’est la ration pour un animal. Et, avec un animateur, ils font les mélanges : blé, orge, maïs, etc. Cela permet de connaître les différentes céréales qui composent l’alimentation des animaux. Lorsque la recette est prête, les enfants ont un ticket. Avec celui-ci, les jeunes, accompagnés de leurs parents, vont au hall 1. Et, en partenariat avec l’Inaporc (NDLR : Interprofession nationale porcine), en échange de leur ticket, ils reçoivent une petite ration d’aliment. Celle-ci est donnée aux cochons et aux volailles.

RAA : À travers cette action, vous vous adressez au grand public : pourquoi est-ce important ?

F. C. : Les enfants posent de nombreuses questions : comment sont nourris les cochons ? Pourquoi la poule pond-elle des œufs ? Comment cela fonctionne-t-il ? Je note que les parents écoutent les réponses au moins autant que leurs enfants et posent également des questions. Quand on fait preuve de pédagogie, on a des chances que le grand public reconnaisse les qualités intrinsèques de notre métier.

RAA : Quel bilan tirez-vous de cette action ?

P. D. : François Cholat le rappelait, il s’agissait de répondre aux questions des enfants et des parents. La fabrication d’aliments pour animaux et la meunerie ne sont pas des secteurs visibles. D’où notre volonté de montrer ces métiers indispensables de la filière céréalière française. On le fait depuis quelques années avec les meuniers et les boulangers : il nous semblait important d’apporter de la visibilité aux fabricants d’aliments pour animaux. Or le cochon et la poule sont des animaux fédérateurs pour les familles.

F. C. : Je suis également meunier. J’avais donc regardé avec beaucoup d’intérêt ce qui se passait sur les stands des meuniers et je rêvais qu’on en fasse autant avec l’alimentation animale. On voit les yeux émerveillés des enfants et les complicités avec les autres branches de la famille céréalière. Une expérience extrêmement positive ! Le stand de la filière céréalière me semble plus dynamique que les années précédentes, avec tous ces métiers, du producteur jusqu’aux produits que nous consommons chaque jour.

RAA : Au-delà du salon, envisagez-vous de mener d’autres actions de promotion de l’industrie de la nutrition animale auprès du grand public ?

P. D. : Le salon constitue une vitrine. Passion Céréales accompagne plus de cent vingt événements par an à travers la France et édite annuellement soixante mille prospectus. Objectif : décliner nos actions en région. La proximité génère la confiance et une compréhension de la filière, notamment l’industrie de l’alimentation animale.

F. C. : Nous sommes là pour démystifier un certain nombre de choses. C’est très enrichissant car au SIA, nous sommes en prise directe avec nos concitoyens et les consommateurs. Le dialogue est immédiat et les échanges sont positifs. On se rend compte que nous avons beaucoup de choses à dire sur notre métier.

P. D. : Nous sommes extrêmement satisfaits de l’affluence : nous avons fait mouche ! Je retiens également l’esprit de solidarité de la filière céréalière française. Ce que nous faisions pour la meunerie, nous avions le devoir de le faire pour l’alimentation des animaux. L’enjeu : montrer l’utilisation des céréales dans leur ensemble.

Propos recueillis par G. Hardy