Plan Ecoantibio en production porcine : maintenir le cap !

Le 10/10/2014 à 9:10 par La Rédaction

Le 2 juillet dernier, l’Ifip (Institut du porc) et l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) ont proposé une journée « Quizz » sur l’utilisation des antibiotiques en production porcine. Cet événement, proposé dans le cadre du Plan d’action Ecoantibio lancé en 2012, a rassemblé plus de 200 personnes à Rennes et à Paris (grâce à une retransmission vidéo en directe). Les grands axes du Plan ont été repris : antibiorésistance, stratégie thérapeutique, démarches actuelles et futures et les leviers d’actions.

En 2006, l'utilisation en élevage des antibiotiques comme facteurs de croissance est interdite au sein de l'Union Européenne. Depuis 2012, en France, un plan national de lutte contre l’antibiorésistance a été mis en place afin de mieux utiliser les antibiotiques (voir encadré 1). Formidable découverte du début du siècle, ils se posent aujourd’hui beaucoup de questions quant à leur utilisation et à l’augmentation des résistances des bactéries.

La journée « Quizz » sur l’utilisation des antibiotiques en production porcine a rassemblé plus de 200 personnes à Rennes et à Paris. (Copyright : Ifip)
La journée « Quizz » sur l’utilisation des antibiotiques en production porcine a rassemblé plus de 200 personnes à Rennes et à Paris. (Copyright : Ifip)

Les diminuer, oui, mais attention à ne pas passer d’un extrême à l’autre. Michel Ledru, vétérinaire à la SNGTV (Société nationale des groupements techniques vétérinaires), rappelle dans sa présentation, que « l’utilisation de certains antibiotiques en prévention demeure aujourd’hui indispensable, dans l’attente de mettre en œuvre des alternatives fiables de lutte contre les maladies graves ». Il faut donc en utiliser « moins, mais mieux ». Au jour d’aujourd’hui, l’Anses recommande : d’abandonner l’usage des antibiotiques en préventif, réserver les céphalosporines de dernières générations et les fluoroquinolones pour des situations particulières identifiées et encadrées, diminuer les contextes à risques (outils de diagnostic rapide, révision des anciennes Autorisations de mise sur le marché ou AMM,…), respecter les mesures de biosécurité, privilégier l’utilisation des antibiotiques à spectre étroit (en ciblant précisément la bactérie visée) et encadrer toute action de métaphylaxie par un vétérinaire.

Quelles alternatives ?

L’un des leviers d’action pour diminuer l’utilisation des antibiotiques concerne l’aliment et la conduite alimentaire. « La volonté de réduire l’usage des antibiotiques a stimulé un vaste effort de la part de la recherche internationale », a rappelé Didier Gaudré, ingénieur en alimentation animale au sein de l’Ifip. Il a répondu à la question des leviers d’action en alimentation. Ce programme de lutte, mis en place dans de nombreux pays, a permis de développer l’innovation dans ce domaine, avec de premiers résultats. Le post-sevrage est la période critique chez le porcelet. « Nous avons acquis, ces dernières années, une meilleure compréhension des modifications du tractus digestif lors du sevrage du porcelet : une augmentation de sa taille et donc un renouvellement important des protéines constitutives, une évolution rapide de la flore microbienne, une dégradation soudaine de la fonction immunitaire et une altération des capacités digestives. » Ce stade peut pénaliser la croissance et détériorer l’état sanitaire de l’élevage.

Plusieurs alternatives alimentaires ont pu être évaluées, en projets coordonnés par l’Ifip, soit en challenge infectieux (par inoculation de l’agent pathogène) ou bien en conditions dégradées (diminution du nettoyage-désinfection des locaux, augmentation de la densité animale et diminution des antibiotiques).

 « La volonté de réduire l’usage des antibiotiques a stimulé un vaste effort de la part de la recherche internationale », a rappelé Didier Gaudré, ingénieur en alimentation animale au sein de l’Ifip. Copyright : Ifip
« La volonté de réduire l’usage des antibiotiques a stimulé un vaste effort de la part de la recherche internationale », a rappelé Didier Gaudré, ingénieur en alimentation animale au sein de l’Ifip. Copyright : Ifip

Les premiers tests ont concerné la diminution du taux de protéines dans les aliments 1er âge. Dans le contexte du post-sevrage, limiter la teneur en protéines des aliments pour porcelet est une solution nutritionnelle utilisée en pratique pour réduire les troubles digestifs qui conduisent aux diarrhées. « Les principales causes sont, d’une part, la transition du lait (liquide) à un aliment à base de végétaux (solide) et, d’autre part, la capacité d’acidification limitée du tractus digestif immature du porcelet. La faible acidification du bol alimentaire conduit à une moindre digestion de la fraction protéique et favorise la prolifération des bactéries pathogènes. » Cependant, il est important de garder un apport en acides aminés essentiels adéquats, notamment la lysine. En effet, la réduction de la teneur en protéines de l’aliment ne doit pas s’effectuer au détriment de la croissance des animaux. Il faut trouver le bon équilibre entre performance et sécurité digestive.

Toujours dans le but de diminuer les altérations des capacités digestives, « adopter une alimentation liquide, en mouillant les aliments en fin de sevrage par exemple, permet d’améliorer la consommation alimentaire des porcelets, de diminuer l’atrophie villositaire et d’atténuer les effets du sevrage (transition du lait aux aliments moins brusque). »

D’autres solutions sont également étudiées, comme le plasma de porc, « bien documenté en Amérique du Nord, et qui demanderait plus d’essais dans l’Hexagone ». Il permettrait une moindre sollicitation antigénique de l’intestin, une réduction de l’adhésion des E.Coli pathogènes, une amélioration de la consommation et de la croissance des porcelets et il aurait des propriétés anti-inflammatoires.

Les fibres pourraient également présenter un intérêt. Les fibres solubles sont connues pour stimuler les fermentations, favoriser l’installation d’une flore stable et diversifier et stimuler les fonctions de défense. « Mais attention, ces dernières peuvent également servir de substrats aux pathogènes », précise M. Gaudré. Quant aux fibres insolubles, elles permettraient d’augmenter le turnover des entérocytes, de diminuer la hauteur des villosités intestinales et d'augmenter l’excrétion de mucines dans la fraction endogène. « Les fibres présentent de nombreux atouts mais elles sont difficiles à caractériser, donc à utiliser avec la plus grande prudence. »

Les acidifiants représentent une autre alternative démontrée mais la réglementation européenne et la difficulté des essais à mettre en place pour les dossiers « additifs » pose souci.

Didier Gaudré conclut sa présentation en formulant quelques conseils en conduite alimentaire. « Il est indispensable de fractionner la distribution, d’utiliser une granulation grossière et de proposer un accès à l’auge pour tous. Il faut revenir aux bases et au bon sens en respectant une phase d’adaptation et peut être revoir l’âge du sevrage. »

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Caroline Morice

Retrouvez l'intégralité de l'article dans la RAA 679 septembre 2014