Depuis le 1er juin 2013, l’utilisation des protéines animales transformées est à nouveau autorisée pour l’alimentation en aquaculture, sur le territoire de l’Union européenne. Un choix mal accepté par les pouvoirs publics français qui craignent les remous d’une décision sensible sur le plan sociétal et médiatique. Si leur réputation est mauvaise, les PAT (Protéines animales transformées) ont pourtant bien des qualités à faire valoir.

Les farines animales ont été interdites dans l’alimentation des animaux du bétail il y a déjà plus de dix ans, suite à l’apparition de l’encéphalopathie spongiforme transmissible. Cette maladie qui a d’abord touché les bovins (plus de 185 000 animaux confirmés en Europe d’après l’Efsa) a ensuite traversé la barrière des espèces pour finalement contaminer l’homme sous l’appellation de maladie de Creutzfeld Jakob. Au-delà des dégâts sanitaires considérables engendrés par la crise de la vache folle, les consommateurs conservent en mémoire les images chocs de l’abattage de troupeaux entiers, sacrifiés pour éviter la propagation de la maladie.
Le risque sanitaire maîtrisé
Il est largement admis que la transmission de l’ESB (Encéphalopathie spongiforme bovine) à l’espèce bovine s’est effectuée en grande partie par voie alimentaire, par l’intermédiaire de farines de viande et d’os, rassemblées sous le qualificatif « farines animales ». Pour satisfaire les besoins de l’élevage en matière riche en protéines, les industriels de la nutrition animale utilisaient des farines issues de tous types de déchets animaux. Carcasse d’animaux sains, mais aussi d’animaux malades ou suspectés de l’être, ont ainsi composé les farines incriminées dans la maladie de la vache folle.
En réponse à cette situation, l’Europe a développé depuis les années 2000 un important corpus législatif pour protéger les humains et les animaux de l’ESB, au centre duquel on trouve l’interdiction d’utiliser des protéines animales dans la nourriture des animaux de rente. Bruxelles considère aujourd’hui que les mesures entreprises ont été efficaces, tant en termes de réduction de la prévalence de la maladie, qu’en ce qui concerne la restauration de la confiance des consommateurs. En 2011, on comptait moins de 30 cas d’ESB diagnostiqués à travers l’Europe, contre plusieurs milliers dans les années 2000. Ce résultat est à porter au crédit des mesures rigoureuses et exhaustives que l’Europe a mises en place.
Le risque de contamination, s’il n’est pas nul, apparaît « négligeable » aux yeux des experts européens de l’Efsa qui préconisaient déjà en 2010 qu’un certain niveau de tolérance soit introduit pour les PAT. Au-delà de l’aspect sanitaire, les industriels mettent en avant l’intérêt économique de la réintroduction des PAT. Une argumentation reprise par le Parlement européen à l’occasion du vote en 2011 d’une résolution incitant à faire évoluer la réglementation européenne sur ce sujet et qui reconnaît que « la transformation des protéines animales représente une source précieuse de protéines et contribue au rééquilibrage du déficit européen ». Un rapport fait au nom de la Commission européenne en 2012 par la sénatrice Catherine Morin-Desailly note que les PAT sont utilisées « dans le meilleur de cas pour produire des engrais, du compost ou des combustibles pour les cimentiers ». Des débouchés médiocres pour ces coproduits nobles de la viande (voir encadré).
L’aquaculture, première étape de la réintroduction des PAT
Depuis le premier juin, les fabricants d’aliments pour l’aquaculture ont la possibilité de réintroduire des protéines d’animaux terrestres dans leurs formules. La Commission européenne limite l’utilisation des PAT à l’aquaculture pour des raisons techniques et scientifiques puisqu’il n’existe actuellement aucune méthode de diagnostic validée permettant de déceler la présence de matériaux provenant de porcs et de volailles dans les aliments pour animaux. Il ne serait donc pas possible de contrôler la bonne mise en œuvre de l’interdiction du recyclage interspécifique et de garantir l’absence de contaminations croisées. La production aquacole ne suscite quant à elle aucune préoccupation relative au respect de l’interdiction de ce recyclage. La plupart des poissons consommés au sein de l’Union, à savoir le saumon, le cabillaud, la truite, le bar, la daurade,… sont d’ailleurs des carnassiers qui se nourrissent naturellement de chair ou de tissus d’animaux vivants ou morts.
Pour l’heure, l’alimentation utilisée par les fermes aquacoles européennes est essentiellement constituée de matières premières végétales et de farines et huiles de poissons issues de la pêche minotière ou des coproduits de la mer. Un régime alimentaire qui pose lui aussi certaines questions, relatives à l’épuisement des ressources maritimes et à la dépendance aux protéines végétales. La part de ces dernières a fortement augmenté ces dernières années, en substitution des huiles et farines de poissons devenues inabordables. La baisse de volumes des captures industrielles, liée à l’application plus stricte des quotas par les chalutiers pêchant au large des côtes péruviennes et chiliennes (l’anchois est la première espèce visée par la pêche minotière) explique en partie l’inflation des sous-produits de la mer.
Bruxelles est par ailleurs engagée dans une politique de revalorisation de l’aquaculture et a présenté une série de mesures visant à encourager le développement de l’activité, présentée comme une alternative à la surpêche. « Le secteur aquacole peut contribuer à combler l’écart entre une consommation toujours plus importante des produits de la mer et la raréfaction des ressources halieutiques ». En 2010, la valeur de la production aquacole de l’Union européenne s’élevait à 3,1 milliards d’euros, pour une production d’1,26 million de tonnes. Pour autant, 65 % des produits de la mer consommés en Europe restent issus de l’importation de pays tiers (pêche et aquaculture).
Les protéines animales transformées : une définition bien encadrée
Le règlement européen 1069/2009, reprenant la division en trois catégories de sous-produits animaux du règlement 1774/2002 encadre les activités relatives aux PAT. Seules les matières de catégorie 3 peuvent entrer dans la composition des protéines animales transformées. Il s’agit des carcasses et parties des animaux abattus dans un abattoir et considérées comme propres à l’abattage pour la consommation humaine à la suite d’une inspection ante morte, mais considérées comme impropres à la consommation humaine (têtes de volailles, soies de porcs, cuirs et peaux, etc.). Le sang, le placenta, les plumes, les poils, les cornes des animaux qui n’ont présenté aucun signe de maladie transmissible aux êtres humains sont également concernés.
Le règlement 56/2013 du 16 janvier 2013 maintient certaines exigences de principe, au premier rang desquelles on trouve l’interdiction stricte du recyclage intra-espèce. Par ailleurs, Bruxelles impose des méthodes de production et de stérilisation respectant les normes de sécurité les plus rigoureuses. Les chaînes de production de PAT à partir d’espèces différentes devront être totalement séparées et une méthode fiable propre à chaque espèce devra être adoptée pour identifier l’espèce d’origine des protéines contenues dans les produits pour l’alimentation animale contenant des PAT.