Pour sa 5e journée technique consacrée à la volaille, l’équipe de MiXscience a concocté un programme dense et varié : un débat franco-brésilien sur la réduction de l’utilisation des antibiotiques en élevage ; la présentation d’un panel de solutions nutritionnelles et additives basées sur la technologie de « vectorisation », puis une échappée dans le monde des micro-organismes du système digestif.
Pour introduire la journée technique volaille de MiXscience, Jérôme Le Friec, directeur général adjoint de MiXscience, a rappelé l’organisation de la division Avril spécialités animales (Asa) : « MiXscience est l’une des structures de ce domaine Asa dont le champ d’action s’articule autour de la nutrition-santé et la biosécurité. Il s’étend à l’ensemble des expertises zootechniques ainsi qu’à la production et la commercialisation de spécialités nutritionnelles au service de la compétitivité et de la qualité des productions animales. » Au sein de cette division, MiXscience côtoie des sociétés comme Theseo, Dielna ou Technofirm. « Notre offre de produits et services participe à la construction de la démarche GSD pour Gestion sanitaire durable ou à l’anglaise : SAHM pour Sustainable Animal Heath Management. »

Il rappelle le fonctionnement du département volaille : « Les spécialistes volaille sont organisés selon leur réseau commercial : via Sanders qui porte la division nutrition animale du groupe Avril, ou vers la France et l’export. Ils partagent avec leurs collègues des autres espèces les fonctions dites support : formulation, matrice, R&D, industrie, marketing, etc. » En volaille, MiXscience annonce contrôler un volume de 2,5 millions d’aliments fabriqués sous technique, pour 75 % en France et 25 % à l’international. La volaille de chair représente 46 % de ce volume, suivie de la pondeuse pour 28 %. Viennent ensuite les dindes (12 %), les canards (7 %), le gibier (5 %) et les reproducteurs (3 %).
Pour Jérôme Le Friec, les défis majeurs à relever pour la filière volaille sont l’optimisation du prix de revient et l’adaptation aux nouvelles attentes sociétales. « Pour répondre à ce premier challenge, nous sommes convaincus de l’importance de maîtriser et exploiter les données. C’est pourquoi, nous avons internalisé un service de bio-statisticiens : le Data-Lab. Leurs compétences très spécifiques nous permettent de disposer d’outils pour prédire les performances, de repérer des groupes et des historiques particuliers afin de mettre en rapport, avec des résultats pertinents, des conduites d’élevage et d’alimentation spécifiques. Quant au second challenge, la pression de la société et des ONG sur nos filières d’élevage se fait de plus en plus forte pour exiger des pratiques d’élevage différentes : réduction du recours aux antibiotiques et normes de logements. Les stratégies de différenciations marketing qui en résultent trouveront-elles la valorisation économique ? Nul ne le sait encore. »
Moins d’antibiotiques en élevage
Pour discuter de ce point, MiXscience a invité Paul Lopez, directeur de l’international pour LDC, président de la FIA (Fédération des industries avicoles) et de l’Avec (Association des industriels européens de la volaille). « Le challenge le plus important en termes de mortalité humaine, auquel nous allons devoir face dans quelques années, est l’antibiorésistance, c’est-à-dire la capacité de résistance acquise par les microbes vis-à-vis des antibiotiques, pose-t-il. L’OMS lui attribue déjà 700 000 décès dans le monde en 2015 et projette 10 millions de décès à l’horizon 2050, soit la première cause de mortalité. L’Europe et les États membres ont mis en place des indicateurs pour suivre la consommation d’antibiotiques : ils sont difficiles à interpréter et soumis à des critiques. Qu’ils soient ramenés à la dose par kg d’animal traité, au nombre de jours de traitement, etc. Mais le fait est que la cause est sérieuse et que les filières animales doivent répondre de leurs pratiques. » En termes de mg de principe actif ramené au kg d’animal d’élevage traité l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne sont les plus gros utilisateurs européens ; le Danemark le plus faible.
Chaque pays a sa stratégie : « Le Royaume-Uni s’est doté d’un observatoire très efficace pour collecter les données. Les Pays-Bas ont mis en place un système de classement des pratiques de traitement qui débouche sur un contrôle mené par un expert aux frais de l’éleveur en cas d’usage répété d’antibiotiques, décrit Paul Lopez. Ce système repose sur un contrat très strict entre l’éleveur et son vétérinaire qui seul peut prescrire des antibiotiques. Les Danois ont imposé une déclaration obligatoire hebdomadaire à l’éleveur. Toutes ces stratégies ont montré leur efficacité : les rythmes de réduction sont rapides dans ces pays. »
La position de la FIA sur l’utilisation de la mention sans antibiotique sur les produits est mesurée : « Il faut être très clair dans ce genre de communication au risque de s’exposer à de sévères critiques. Pour véhiculer un message simple, il est souhaitable que l’absence d’antibiotique se rapporte à la vie entière de l’animal. Nous souhaitons aussi que ce genre de communication ne fasse pas oublier qu’un animal malade doit être traité : pour sa santé, celui de ses congénères et pour son bien-être. Enfin, il nous semble intéressant de réfléchir à une stratégie de long terme avec pourquoi pas l’établissement de niveaux de traitement à ne pas dépasser par élevage. Et surtout il est vraiment primordial que les filières s’engagent à s’interdire strictement les antibiotiques d’importance critique afin de préserver leur efficacité en médecine humaine, y compris la colistine récemment inscrite sur la liste de l’OMS. »
F. Foucher