Biomin organisait fin juin une journée technique consacrée au risque mycotoxines chez les vaches laitières. Une thématique encore mal connue qui a beaucoup intéressé le public venu des quatre coins de la France et de tous horizons professionnels.

Animée par Luc Delaby, chercheur à l’Inra de Rennes sur l’alimentation des ruminants, la journée organisée par Biomin sur le risque mycotoxines chez les vaches laitières a suscité un vif intérêt parmi l’assemblée, composée de fabricants d’aliments, vétérinaires, laboratoires, syndicats professionnels, chambres d’agricultures, Arvalis… venus des 4 coins de la France. La diversité et la réponse massive du public (85 personnes) montrent bien qu’il existe « une demande réelle » sur la thématique a introduit Christian Tenier, directeur et fondateur de Biomin France qui fête cette année ses 10 ans (le groupe Biomin fête quant à lui ses 30 ans). La société d’origine autrichienne spécialisée dans l’étude des mycotoxines dresse un panorama complet chaque année de l’évolution des contaminations à travers la planète (lire RAA 668) : « La stratégie de lutte contre les mycotoxines n’est pas la même selon qu’on se trouve en Europe centrale ou au Vietnam » ; et selon qu’on se trouve face à des mycotoxines de champ (produites par Fusarium) ou de stockage (produites par Penicillium et Aspergillus).
Bien qu’elles soient les plus connues, les Aflatoxines et les Ochratoxines (mycotoxines de stockage) concernent assez peu nos régions. « Nous sommes principalement touchés par les mycotoxines de champ », insiste le directeur de Biomin France. Leur présence s’explique par plusieurs facteurs de risque, à commencer par le climat, par définition non maîtrisable, mais aussi par les pratiques culturales telles que le semis sans labour, l’absence de rotation ou la densité des semis. « Les facteurs agronomiques sont responsables à 15 % de l’apparition de mycotoxines », annonce Christian Tenier. L’apparition des mycotoxines est le résultat d’un stress végétal poursuit-il, pédagogue : « On constate une confusion fréquente sur le terrain, entre la matrice et le mode de conservation : intervenir sur la qualité de conservation de l’ensilage n’exempte pas du risque de contamination ! » Une bonne conduite agronomique peut pourtant bien limiter la casse. « Tardifier la récolte pour avoir plus de rendements augmente le risque mycotoxines », illustre Christian Tenier qui préconise au contraire de respecter l'adaptation pédoclimatique.
Omniprésentes mycotoxines
La lutte contre les mycotoxines s’avère complexe à plus d’un titre : tout d’abord à quel moment doit-on effectuer une analyse ? A quel seuil de présence doit-on donner l’alerte ? Les systèmes de détection deviennent de plus en plus performants et l’on n’en finit pas de découvrir de nouvelles mycotoxines, ce qui peut conduire à une sorte de paranoïa. La question de la présence de mycotoxines au sein d’un élevage est évoquée lorsque des problèmes persistants restent inexpliqués (pertes de performances, baisse de la consommation, troubles de la reproduction…). La prise en considération du risque mycotoxines est encore trop tardive.
La présence de mycotoxines se détecte grâce à des analyses de trois sortes : sur les matières premières, la ration complète, les organes et les fluides. La chromatographie en phase liquide, complétée par une spectrométrie de masse, atteste de la présence de mycotoxines (en multicontamination) mais il reste difficile d’établir une interprétation en raison du problème de la distribution et de l’unité de mesure infinitésimale (dosage en ppb). D’autant que les résultats du LDA22 attestent que 100 % des prélèvements sont contaminés par les Tricho B et la Zéaralenone, ce que vient confirmer l’enquête de Biomin. « Quel intérêt d’effectuer des analyses chères si les résultats seront de toute façon positifs à 100 % ? » interroge un fabricant d’aliments. « Quel que soit le niveau de contamination, il y a toujours des conséquences sur l’animal. Il faut aussi savoir qu’elles sont révélatrices d’autres problèmes », répond Aurélie Levagnini qui évoque également la possibilité d’utiliser la méthode Elisa en plan de contrôle usine : les tests Elisa, plus accessibles, permettent de déceler la présence d'un seul type de mycotoxine. Quelle que soit la méthode, l’échantillonnage doit s’effectuer à plusieurs endroits et sur plusieurs jours afin d’être le plus représentatif possible. Il doit surtout toujours s’accompagner d’une observation complémentaire permanente des animaux, car il ne pourra jamais être réellement représentatif, avoue la responsable communication.
Maximiser la prévention
La table ronde de l’après-midi a permis à différents acteurs de s’exprimer sur leur approche du problème ; Aliouest adopte une démarche plus préventive que curative indique ainsi Jean-Marc Benoist, qui reconnaît que le lien entre le symptôme et la mycotoxine n’est que rarement établi. D’autres n’hésitent pas à tripler la dose curative prescrite en préventif, dans le doute. Car c’est bien là le problème, évoqué de façon lancinante tout au long de la journée : quelle pertinence ont les résultats devant tant d’incertitude au niveau de la méthodologie ? Pour Biomin, « l’analyse est une technique et comme toute technique elle a ses limites. Le bulletin d’analyse est un des éléments de la chaîne de réflexion mais ne doit pas être dissocié de l’évaluation du risque (tables d’évaluation Biomin) et de l’observation des animaux. » En réponse à la demande du Gouessant qui exprimait son besoin de préconisations plus précises, Christian Tenier indique qu’il n’est pas possible d’établir de normalisation : « Il n’y a pas de recette mais une prise en compte du risque, d’autant que la répartition des mycotoxines dans l’espace et dans le temps est très hétérogène, avec plusieurs combinaisons possibles. » Mais plutôt que de dire que les mycotoxines sont partout, ou que « plus on en sait, moins on en sait », Biomin œuvre pour que les professionnels concernés s’approprient véritablement la problématique.
En matière de gestion du risque, Biomin insiste sur le choix de stratégies adaptées aux mycotoxines présentes dans la ration. Deux stratégies principales existent pour lutter efficacement contre les contaminations et leurs effets sur les animaux. L’adsorption (fixateur-capteur) permettra de gérer les Aflatoxines et les alcaloïdes ; la biotransformation, par voie enzymatique, élimine quant à elle la toxicité des Trichothécènes, de la Zéaralénone et des Fumonisines pour les éliminer, soit par biotransformation pour éliminer leur toxicité, soit encore par bioprotection pour éliminer les effets toxiques. Cependant le directeur de Biomin France ajoute immédiatement un bémol : « L’efficacité de l’adsorption est prouvée en ce qui concerne les Aflatoxines (très peu présentes sous nos latitudes) mais absolument pas pour les Trichothécènes, dont le DON omniprésent dans la vache laitière. »

La BBSH 797 en cours d’enregistrement comme additif
Biomin a reçu fin mai 2013 un avis positif de l’Efsa (Agence européenne de sécurité des aliments) pour la BBSH 797, microorganisme capable de transformer les Trichothécènes en métabolites non toxiques (lire RAA 667). Les Trichothécènes représentent un vaste groupe de mycotoxines, dont les plus importantes en termes d’impact agricole appartiennent au type A (Toxine T-2, diacétoxyscirpénol) et au type B (déoxynivalénol, nivalénol). D’après le dernier rapport 2012 de Biomin, qui intègre l’analyse de 4 023 échantillons provenant du monde entier, 64 % des échantillons analysés étaient contaminés en DON à hauteur de 1 000 pbb en moyenne.
Cet avis positif de l’Efsa est la première étape du processus d’enregistrement auprès de la Commission européenne (dans la catégorie des additifs technologiques capteurs de mycotoxines).