
Dans le Pas-de-Calais, les majestueux caps Blanc nez et Gris nez avancent leurs hautes falaises de tendre craie blanche dans la Manche. À quelques kilomètres, c’est une autre pierre blanche qui affleure le sol du Boulonnais : le calcaire dur du bassin carrier de Marquise. C’est de cette roche que les Carrières de la Vallée heureuse tirent le carbonate de calcium commercialisé par Carbocia.
C’est dans le bassin carrier de Marquise, à Ferques, qui s’étend sur 2 500 ha, que le calcaire dur est extrait par 4 entreprises, dont la plus ancienne les Carrières de la Vallée heureuse est installée depuis 1880. Maxime Hénaux, l’actuel directeur commercial représente la 6e génération à la tête de cette entreprise familiale qui exploite un gisement à ciel ouvert sur près de 200 ha. « Notre société a démarré avec l’extraction de la pierre de taille pour les constructions locales, elle s’est diversifiée dans l’exploitation marbrière jusque-là fin des années 1970 et opère, depuis, dans des domaines variés comme les travaux publics, les industries et l’alimentation animale. »
Pierre à chaux destinée aux sucreries qui en tirent un lait de chaux nécessaire à la purification des jus de betterave ou castine indispensable à la sidérurgie, les 80 produits issus de l’exploitation des carrières de la Vallée heureuse ont toutes les mêmes caractéristiques mécaniques. Mais selon le gisement leur composition chimique est susceptible de varier. « Nous exploitons 2 massifs avec 3 faciès géologiques différents : le calcaire Lunel, le plus pur, titre à 98 à 99 % de carbonate de calcium CaCO3 et est destiné en grande majorité à l’alimentation animale. Les calcaires du Haut-Banc, à 96 % de CaCO3, sont destinés à la sidérurgie. Les derniers sont moins riches en carbonate de calcium et sont dits calcaires dolomitiques mais ils ne contiennent en réalité pas de dolomie et titrent moins de 3 % d’oxyde de magnésium. Ils sont réservés aux travaux publics et à la construction », explique Maxime Hénaux.
2,5 millions de tonnes
Les Carrières de la Vallée heureuse produisent chaque année 2,5 millions de tonnes de matériaux allant de la poudre micronisée de 100 µ, le Carbocia 80, aux enrochements de plusieurs tonnes. 60 % de ce volume est toujours dédié à la construction, les travaux publics et le bâtiment. 40 % sont destinés aux usages industriels : sucrerie et sidérurgie en premier lieu, et divers marchés utilisant les produits micronisés, commercialisés par la filiale Carbocia. « Chaque secteur d’activité a ses exigences de qualité, c’est pourquoi nos produits sont certifiés GMP, NF, CE 2+, Komo ou encore Benor suivant leur utilisation. Nous avons certifié notre système de management de manière intégrée suivant les référentiels Iso 9001, Iso 14001 et OHSAS 18001. »

La carrière fonctionne du lundi au samedi matin, en 3x8, grâce à une centaine de salariés. Les fronts sont exploités selon la typologie des roches en fonction des besoins. La carrière dispose de ses propres artificiers et grâce à une nouvelle technologie, deux à trois tirs par semaine sont désormais suffisants au lieu de 2 par jour. Chaque tir de mine abat entre 25 000 et 60 000 t de matériaux et tous les produits découlent au départ du même procédé industriel. Des cuttings de forage sont effectués pour qualifier la roche : en fonction des caractéristiques chimiques de la zone exploitée, la roche est destinée à un type de produit et donc orientée vers un circuit de production industriel. Tandis que les blocs de plus d’1 tonne sont mis de côté pour les besoins spécifiques de travaux publics comme les enrochements, les blocs de taille inférieurs sont acheminés vers deux concasseurs primaires communs à tous les procédés. « Cela nous permet de produire en permanence et de gérer la maintenance sans affecter le rythme de production. » Les roches concassées seront acheminées par de longues bandes transporteuses de cribleurs en concasseurs secondaires, tertiaires voire vers l’unité de micronisation dotée d’un procédé de séparation dynamique pour les produits les plus techniques.
La ligne de produits micronisés tourne 24 heures/24 et 7 jours/7 de manière automatisée. « Elle dessert notamment nos clients de l’alimentation animale qui doivent être livrés en toutes circonstances et pour lesquels nos stocks doivent être pleins dès le lundi matin », précise Mélanie Deloux, responsable marketing et commercial pour Carbocia, la filiale chargée de commercialiser ces produits micronisés.
C’est avec l’actuel P-DG de Carbocia, Didier Delval, que les carrières de la Vallée heureuse ont développé leur savoir-faire dans la production de « fillers calcaires » qui englobent tous les produits de taille inférieure à 1 mm. En 1994, Didier Delval, agronome de formation opérant dans le domaine des matières premières pour l’alimentation animale, rachète une petite société de négoce d’amendements agricoles, CIA ou Compagnie industrielle et agricole, qui vend alors 5 000 à 10 000 t par an de semoulette provenant des Carrières de la Vallée heureuse aux industriels de l’alimentation animale. Ses marchés sont dans le nord de la France et son premier client est le couvoir Carlier. Mais les applications diverses vont de la chimie fine aux moquettes en passant par les bétons. Portées par des valeurs communes axées sur le client, le service et la qualité, les deux sociétés familiales, CIA devenue Carbocia et les Carrières de la Vallée heureuse, investissent dans un outil industriel permettant d’élaborer des fillers aux granulométries répondant aux différents besoins des secteurs d’activité visés. « Nous avons une pierre d’excellente qualité à la chimie pure, une couleur blanc/beige correspondant aux attentes des marchés, une localisation géographique idéale », souligne Maxime Hénaux. En 1996, l’unité produit alors 50 000 t de fillers commercialisés en grande partie par Carbocia. En 2011, Carbocia devient filiale commerciale des Carrières de la Vallée heureuse. Elle commercialise aujourd’hui la totalité des 350 000 t de fillers calcaires produits par an. Elle compte 5 salariés : Didier Delval, P-DG, Wim de Jonge, responsable du marché Benelux, Dalila Delval, commerciale France, Mélanie Deloux, attachée commercial et responsable marketing, et Sylvie Darme, responsable logistique et administratif.
L’alimentation animale représente un tiers de l’activité de Carbocia. « Ces marchés, notamment les seaux à lécher et les aliments minéraux, sont sensibles à la charge minérale, c’est-à-dire la teneur en carbonate CaCO3, souligne Mélanie Deloux. Dans les prémix, le carbonate empêche la réaction entre les éléments et agit comme un conservateur. » Hormis sa composition chimique, le carbonate doit se présenter dans une granulométrie précise : « Pour les minéraux, tous les éléments doivent être de la même dimension avec une granulométrie constante. Pour les pondeuses, un mélange de fines et de grains est nécessaire pour la fabrication des œufs et la calcification des os. » Pour répondre à ces exigences, Carbocia a développé une gamme : Carbocia 310, une farine de 0,1 à 0,3 mm appréciée pour sa couleur, sa chimie, sa coulabilité et son absence de poussières (tamisé à 100 µ), elle n’est pas exclusivement dédiée à l’alimentation animale. Carbocia 2 100 et Carbocia 4 200 sont des semoulettes développées spécifiquement pour ces marchés. Ces fillers de 1 à 2 mm ou 2 à 4 mm à la couleur pâle, la chimie constante et la granulométrie alliant 1/3 de fines et 2/3 de grains, répondent aux besoins des pondeuses.
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Françoise Foucher