ASO-Agrial Sanders Ouest : les concurrents deviennent partenaires pour investir

Le 16/07/2018 à 8:01 par La Rédaction

Dans un marché en régression, avec une marge nette d’environ 1 €/t, investir est une opération délicate. Pour y parvenir, deux concurrents basés en Sarthe ont décidé de s’associer et partagent désormais un site de production à Champagné, entièrement rénové. ASO, Agrial Sanders Ouest, a consacré 12,5 millions à son outil industriel.

côté de la tour de prémélange (ici à gauche) se trouve la tour abritant l’unité de fabrication du mash, entièrement déménagée depuis le site du Moulin-Saint-Georges. C’est le chargement, commandé par le chauffeur, qui déclenche le cycle de production.
A côté de la tour de prémélange (ici à gauche) se trouve la tour abritant l’unité de fabrication du mash, entièrement déménagée depuis le site du Moulin-Saint-Georges. C’est le chargement, commandé par le chauffeur, qui déclenche le cycle de production. Crédit : ASO

« Aujourd’hui, ce n’est pas vraiment une inauguration car l’usine tourne depuis plusieurs mois dans sa nouvelle configuration mais c’est la célébration d’une belle aventure, aussi humaine qu’industrielle », introduit Sylvain Bouyer, directeur de Sanders Ouest. L’usine Sanders Ouest de Champagné (72) arbore un nouveau logo sur l’une de ses tours : ASO pour Agrial Sanders Ouest. Les deux concurrents se sont associés dans cette nouvelle structure en 2012 et tirent désormais le fruit de leur travail. « L’association de deux concurrents qui le demeurent sur le terrain pour mutualiser un outil industriel n’était pas évidente à imaginer. Et pourtant l’opération s’est faite de manière extrêmement fluide. »

Denis Termignon, directeur industriel d’Agrial, rappelle l’origine du rapprochement : « Le projet a démarré en 2011. À l’époque, je sollicitais régulièrement Sanders pour savoir si le site de Champagné était à vendre. Le constat était assez simple pour nous : notre site du Mans, le Moulin-Saint-Georges, nécessitait des investissements massifs. Les coûts de mise aux normes prévisionnels étaient rédhibitoires. Or sa situation géographique était très handicapante. Il était implanté en milieu urbain, en zone inondable et son accès était limité par un pont avec un tirant d’air à 3,9 m. Un jour, Sylvain Bouyer m’a dit : "Champagné n’est pas à vendre mais on peut peut-être réfléchir ensemble à son avenir." Le projet de cette association était très séduisant pour nous. Nous avons pris une participation de 34 % dans ASO. »

Les deux acteurs de l’opération le soulignent : « Notre ambition était d’investir en commun pour créer un outil de qualité au service des éleveurs. Avec ce projet ambitieux et cet investissement de 12,5 millions d’euros, c’est un message fort que nous faisons passer au monde de l’élevage : nous croyons dans les productions animales sur cette zone, même si elle enregistre une certaine déprise. Nous nous engageons aux côtés des éleveurs pour les vingt prochaines années. D’ailleurs, les retours sont très positifs et se traduisent dans l’activité : par leur engagement, les éleveurs nous remercient d’avoir eu l’intelligence industrielle de leur apporter un meilleur outil et des prix plus compétitifs. »

Sur le terrain, chaque entreprise a conservé ses spécificités. Sanders Ouest et Agrial sont toujours concurrentes sur le terrain. « Au sein de l’usine, nos cahiers des charges matières premières sont communs, décrit Nicolas Lechesne, directeur industriel du site. Chaque service achat achète ses propres matières premières et passe ses propres contrats. Chacun a sa liste de prix, ses formules, et chacun a conservé sa politique commerciale. Seul l’outil industriel est commun. »

Une tour de prémélange

Dès juillet 2014, des premiers travaux sont engagés. L’usine produisait alors 130 000 t pour le compte exclusif de Sanders Ouest. « Pour rapatrier la totalité des volumes d’Agrial, il fallait doubler la capacité de l’usine », explique Pascal Le Paih, directeur des opérations nutrition animale au niveau du groupe Avril. Une première phase de travaux est lancée avec pour objectif d’absorber les volumes d’Agrial dès juin 2015. L’ingénierie s’attaque au premier facteur limitant : la réception des matières premières. Une seconde fosse de réception est rajoutée à l’arrière de l’usine. « Les chauffeurs, une fois la cargaison agréée, reçoivent un badge qui leur permet d’être autonomes sur le site. La surveillance se fait via une caméra, notamment pour l’opération finale de nettoyage », présente Julien Le Loup, responsable industriel Agrial.

Selon le type de matières premières et les silos de destinations, le déchargement est validé sur l’une ou l’autre des deux fosses. La spécificité du site et de fonctionner avec un diagramme mixte prébroyage/prémélange. « Elle fonctionnait auparavant exclusivement en prébroyage : la mixité est la configuration idéale pour une usine multi-espèces, estime Pascal Le Paih. Elle permet de faire de belles présentations, répondant aux exigences des gammes des deux fabricants. » Le site est réorganisé et agrandi pour pouvoir installer une tour dédiée au prémélange.

La nouvelle fosse de réception est dédiée à cette activité de prémélange. Son débit est de 250 m3/h, elle alimente 28 silos de 150 m3. À côté, d’anciens silos de matières premières broyées ont été réaffectés aux minéraux et 12 nouveaux silos permettent de dépoter les matières premières pulvérulentes. En parallèle, un système de transfert permet d’acheminer les matières premières déchargées depuis l’autre fosse de réception vers la tour de prémélange pour plus de souplesse.

Un élévateur et un transport à chaîne alimentent les 28 silos disposés autour du carrousel qui dessert la tour de prémélange et la station de mash. « L’installation de cette dernière, déménagée depuis le site Agrial du Moulin de Saint-Georges, a été achevée en juin 2016, ce fut la dernière étape industrielle de ce projet », commente Pascal Le Paih. La station mash a produit 15 000 t l’an passé mais elle est dimensionnée pour produire le double.

Les travaux entrepris entre 2014 et 2016 n’ont généré quasiment aucun jour d’arrêt : « Vue les contraintes, c’est une belle réussite humaine et industrielle. »
Les travaux entrepris entre 2014 et 2016 n’ont généré quasiment aucun jour d’arrêt : « Vue les contraintes, c’est une belle réussite humaine et industrielle. »

Un diagramme mixte

À l’étage en dessous, 30 silos de microdosage permettent le stockage des prémix et produits réceptionnés en big-bag. Une station de microdosage neuve remplace les anciennes installations de verse-en-sac. Sa précision est de 50 g, quand le dosage des matières premières est précis au kilo.

« Les matières prédosées sont transférées vers la ligne de broyage et de prémélange. L’usine est équipée d’un double broyeur à disques de technologie Mostra qui permet de faire des moutures structurées, explique Julien Le Loup. Sa capacité est de 80 tonnes de broyage par heure. » Dans la partie historique de l’usine, une ligne de broyage est dotée d’un broyeur à marteaux, avec une grille fixe de 3,5 mm, et connecté sur les 10 silos de matières premières de la fosse de réception 1.

L’usine compte une mélangeuse unique pour l’ensemble de l’usine. Cette mélangeuse et le fonctionnement en prémélange-prébroyage déterminent la capacité maximale de l’usine à 300 000 t. L’usine produit actuellement 260 000 t.

Pascal Le Paih poursuit son explication en s’appuyant sur le synoptique de la salle de contrôle : « Au niveau de la mélangeuse, arrivent d’un côté les matières premières pesées en prébroyage et de l’autre les matières premières en provenance de la tour de prémélange via une réserve tampon. Le choix du traitement, en prémélange ou prébroyage est déterminé par la qualité de la mouture attendue : les aliments granulés pour porcs nécessiteront des moutures fines, avec des matières premières en prébroyage. Pour les moutures structurées, destinées à la volaille par exemple, nous privilégions le prémélange et sa technologie Mostra. En moyenne, 45 % des matières premières passent dans le circuit prémélange et 55 % en prébroyage. » Les additifs sont rajoutés dans la mélangeuse via un verse-en-sac, les liquides sont pulvérisés.

Le site de Champagné produit 20 % de farine, 80 % de granulés et miettes. L’usine est dotée de ses 5 lignes de granulation originelles, deux dédiées aux ruminants, une à la volaille y compris l’aliment reproduction thermisé, une ligne volaille/porc et une ligne mixte. « Pour pouvoir optimiser la granulation, des silos produits finis ont été rajoutés, aujourd’hui au nombre de 113, et la ligne de granulation volaille a vu le débit de son refroidisseur doubler. »

L’usine est équipée d’une station de chargement à trois couloirs, dont un nouveau dédié à la volaille et l’aliment thermisé et doté d’un système de clôture.

Objectif atteint

Aujourd’hui, la dernière étape est l’harmonisation des systèmes informatiques. Les deux partenaires tirent le bilan d’une expérience réussie.

« Nous avions porté ce projet dans une recherche de massification et d’efficacité économique, rappelle Denis Termignon. C’est d’ores et déjà une réussite : nous avons diminué les consommations énergétiques de -12 % et élargi la palette de nos produits et de notre savoir-faire industriel. Au niveau économique, nous sommes précisément aux objectifs que nous nous étions fixés : en termes de charges de coût énergétique, c’est exemplaire. Aujourd’hui, nous avons définitivement quitté le mode projet pour passer en mode amélioration continue. »

L’équipe de direction de ASO, de gauche à droite : Denis Termignon, directeur industriel d’Agrial, Sylvain Bouyer, directeur de Sanders Ouest et Bernard Mahé, directeur général de Sanders.
L’équipe de direction de ASO, de gauche à droite : Denis Termignon, directeur industriel d’Agrial, Sylvain Bouyer, directeur de Sanders Ouest et Bernard Mahé, directeur général de Sanders.

« Ce projet a vraiment été très important pour Sanders, conclut Bernard Mahé, directeur de Sanders au niveau national. Nous représentons 3 millions de tonnes d’aliments avec 25 usines. En termes d’activité, l’usine de Champagné est aujourd’hui la troisième de notre groupe grâce à cette association industrielle. Investir aujourd’hui dans le secteur de la nutrition animale qui est un domaine d’activité en baisse, c’est croire en l’avenir mais ce n’est pas facile. Pour cela, il faut trouver des solutions. Pour nous, au niveau de Sanders, elles sont de plusieurs ordres : investir tout seul, c’est ce que nous faisons souvent en Bretagne, ou bien investir en collaboration c’est que c’est ce que nous avons fait dans le Sud Ouest de la France avec Euralis, ou bien encore investir avec des partenaires comme nous le faisons dans le Nord Est de la France avec Nealia dans le projet Aliane. Avec Agrial et ASO, nous avons ouvert la voie. »

F. Foucher