Si les volumes sont toujours réalisés en veaux de boucherie, dans un secteur de plus en plus intégré, l’innovation dans le secteur de l’aliment d’allaitement est tirée par les marchés de la génisse de renouvellement et du porcelet. Cette édition du Space en témoigne avec un Innov’Space attribué à un aliment porcelet sous la mère sous une présentation originale.
Benoît Rouyer, économiste au Cniel, revient sur la collecte et le prix du lait en France et dans le monde pour le mois de septembre 2018. Après avoir connu des prix au plus bas en 2017, « les cours des produits laitiers se sont redressés depuis le début de l’année 2018. La poudre de lait écrémé, se positionne pour la première fois depuis un an légèrement au-dessus du prix d’intervention ». Le prix annoncé en septembre était de 780 euros/tonne pour le lactosérum en poudre destiné à l’alimentation animale. Les chiffres montrent que pour la campagne 2018-2019, « le volume de lait collecté dans les 28 États membres de l’UE est supérieur à̀ celui de la même période 2017-2018 de 1,2 % soit 649 kt supplémentaires ». L’accumulation de stock à l’intervention grève les marchés des produits laitiers européens et contient les prix de la poudre de lait dont quelques milliers de tonnes seulement ont été vendues à l’intervention au printemps dernier.
Le second indicateur économique majeur pour comprendre l’actualité des fabricants d’aliments d’allaitement est la santé du marché des veaux de boucherie qui représente le principal débouché de ces aliments lactés. Comme chaque année, la station expérimentale du Rheu, outil spécialisé de l’Institut de l’élevage dans la recherche sur la filière veau de boucherie, organisait une journée porte ouverte pendant le Space. Christophe Martineau, le responsable de la station expérimentale, livre son analyse de la conjoncture dans le dernier numéro du magazine Veau flash, paru pour l’occasion : « La production française de veaux a reculé en 2017 de -1,5 % par rapport à 2016 en tonnage et de -2,5 % en nombre de têtes par rapport à 2016. Elle reprend son érosion tendancielle de ces dernières décennies, après deux années de stabilisation. » Dans le détail, il commente : « Après deux années de stabilisation liée à l’alourdissement des carcasses (2015) et au maintien du nombre de veaux abattus (2016), la production de veaux de boucherie a repris son rythme structurel de baisse en 2017 à 1,239 million de veaux abattus pour 177 000 t équivalent carcasse de viande produites. À 143 kg par carcasse, le poids des veaux a progressé de +0,8 % par rapport à 2016, battant un nouveau record. L’augmentation de l’âge à l’abattage se confirme. Pour la première fois, les veaux français de type laitier ont été en moyenne abattus à plus de six mois : six mois et un jour en moyenne. » La filière française souffre d’un excès de veaux croisés, lié à l’évolution des naissances issues des troupeaux laitiers, plus difficiles à valoriser : « Depuis 2014, la part des veaux croisés dans les abattages français progresse au détriment des veaux de race laitière qui restent toutefois majoritaires. En 2017, les veaux de race laitière représentaient 56,1 % des veaux abattus alors que la part des veaux croisés atteignait 27,2 % contre 22,3 % en 2014. Ce mouvement est en partie subi par les engraisseurs de veaux qui composent avec l’évolution des types raciaux des veaux issus du troupeau laitier. De l’avis général, le développement des abattages de veaux croisés lait et viande est excessif et ces animaux sont difficilement valorisés sur le marché actuel. »
La filière veaux de boucherie a élaboré son plan stratégique qui définit des axes de travail pour faire face à deux enjeux essentiels : maintenir son potentiel de production et défendre sa place dans l’univers des viandes.
En 2017, la filière veaux de boucherie a rejoint le réseau de fermes références Inosys. Pour sa première année de fonctionnement, il compile les résultats de 86 élevages, pour un échantillon représentant 33 000 places de veaux, soit 5 % de la production nationale. À terme, le dispositif prévoit de suivre 120 élevages français, répartis dans les régions Bretagne, Pays de la Loire, Rhône-Alpes-Auvergne, Nouvelle Aquitaine et Occitanie. Les 195 premiers bilans récoltés ont permis une analyse technique par type racial. La durée d’élevage se situe en moyenne à 162 jours, elle varie de 152 jours pour les veaux « croisés lourds » à 166 jours pour les veaux Holstein. Les quantités d’aliments solides continuent leur progression dans les plans d’alimentation. L’un des principaux indicateurs technico-économiques est lié aux plans d’alimentation : les lots Holstein reçoivent en moyenne 161 kg d’aliment solide par veau sorti et 18 % des lots en reçoivent plus de 200 kg.

Un Space au plus près de l’actualité
Lors du Space, les fabricants ont présenté des produits et des actualités reflétant ce contexte. Chez Arc, Laure Rouxel, chef produits, a mis en avant le nouvel additif proposé pour l’aliment des porcelets : Gold Powder. « C’est une matière première précurseur d’un dérivé d’acide aminé présent dans les fibres musculaires, où il est utilisé comme source d’énergie, présente-t-elle. Ce dérivé d’acide aminé entre dans le cycle métabolique de la production d’énergie. Dans les phases de croissance particulièrement rapide que constituent les premières semaines de vie du porcelet, le besoin d’énergie est très important et son apport dans la ration permet d’améliorer la croissance musculaire en fournissant une source d’énergie immédiatement disponible. » Arc continue par ailleurs à travailler sur l’alimentation sous la mère : « Nous croyons dans les présentations sous forme de granulés : cela génère moins de gaspillage, favorise une bonne hygiène et permet de développer le comportement de mimétisme alimentaire qui encourage la consommation par le porcelet. »
Elvor rappelle sur son stand du Space les nouveaux résultats enregistrés avec son offre Elvor HP lancée il y a deux ans. « C’est un concept vraiment novateur pour assurer un bon démarrage dès les premiers jours de vie et jusqu'au sevrage, rappelle Isabelle Coudray, chef de produit nutrition animale. Il comprend un aliment complet et un aliment complémentaire ainsi qu’un aliment complet spécialement formulé pour être distribué au Dal avec le programme de distribution 40FIT. » L’enjeu est une meilleure conformation et un bon développement général ainsi que de la mamelle afin de parvenir à un vêlage précoce : « Les éleveurs sont soucieux de réduire la durée d’élevage des génisses et de préparer les meilleures lactations. La performance et la productivité sont au cœur de leur stratégie. Le lien entre la croissance du veau et la carrière laitière est clairement établi dans les références bibliographiques. HP est un programme technique pour des éleveurs techniques. » Les résultats et retours terrain présentés par Elvor confirment les bénéfices attendus en termes de performances zootechniques grâce au rythme de croissance atteint de 1 000 g de GMQ sur la période naissance-sevrage et son influence dans la construction de la carrière laitière : réduction de l’âge au vêlage, production laitière, etc.

Les veaux de boucherie : un marché évolutif
Autre intervenant sur les aliments d’allaitement veaux de boucherie, Lactalis observe également un marché en contraction : « C’est une filière de plus en plus concentrée et de plus en plus intégrée, fait remarquer Matthieu Dupire, directeur commercial de Lactalis Feed qui a quitté ce monde de l’intégration en 2014 en vendant sa filiale Tendriade. De plus, c’est un marché qui a grandement évolué vers l’alimentation solide qui représente aujourd’hui une part de plus en plus grande des régimes alimentaires des veaux engraissés. Dans ce contexte, les volumes d’aliment lacté sur ce secteur se contractent. Heureusement, nous avons des marchés autrement plus porteurs et positifs. » Ainsi en est-il du segment des veaux d’élevage, des chevreaux d’engraissement et chevrettes d’élevage - « C’est une filière qui se stabilise et qui recrute des éleveurs pour faire face à une demande de lait en progression » - et du porcelet. « Nous avons développé une gamme porcelet au positionnement premium il y a deux ans, en déclinant notre spécificité : des matières premières laitières de qualité, des ingrédients riche en protéines laitières », rappelle Matthieu Dupire. Ces arguments sont déclinés dans toutes les productions et répondent aux besoins liés à la démarche de démédication dans laquelle sont désormais engagées toutes les filières : « La richesse en protéines laitières et la grande digestibilité des protéines de lactosérum, soutenues par des apports en levures vivantes et des suppléments nutritionnels notamment, ainsi que la facilité d’utilisation des aliments lactés grâce à leur grande solubilité et dilution, tels sont nos arguments. » Lactalis est également très présent à l’export : « Nous y réalisons désormais près de 40 % de notre activité, dans plus de 40 pays différents. Nous bénéficions souvent de l’installation du groupe Lactalis et de son service d’approvisionnement aux éleveurs », reconnait Matthieu Dupire.
L’export pour se développer
Lactoproduction réalise son chiffre d’affaires pour plus de 90 % à l’export : « Nous sommes désormais présents dans 49 pays, énumère Sylvian Fournier, directeur général de Lactoproduction. Notre activité en tonnage a progressé de +15 %. Cette année encore, nous avons renforcé nos équipes commerciales avec deux nouvelles personnes. Nous avons également fait des investissements sur notre unité de production de Montauban-de-Bretagne, dans la partie désachage. Nous avions révisé nos capacités d’ensachage et avons ainsi pu, cette année, doubler la quantité de conteneurs : nous sommes passés de 2 à 5 par semaine, principalement vers la Grèce, la Turquie et l’Asie. » Principalement présent avec des noyaux laitiers, de plus en plus formulés et élaborés, Lactoproduction commente l’évolution de son marché : « Nous sommes de plus en plus amenés à proposer des additifs pour nous adapter aux contraintes de nos pays cibles, en termes de température, de climat ou de capacité financière. Nos marchés sont extrêmement diversifiés : nous touchons désormais de très gros clients, comme des élevages de 13 000 vaches en production aux Émirats ou une structure de 60 000 vaches laitières réparties sur une dizaine de sites au Vietnam, c’est très impressionnant et très intéressant. À nous d’avoir les réponses adaptées. »

Microbiote et confort digestif
Entreprise néerlandaise, Schils produit annuellement 90 000 tonnes d’aliments d’allaitement. « On travaille beaucoup sur le microbiote, déclare Christophe Decourcelle, directeur commercial France. En 2017, nous avions lancé le concept suivant : incorporer un prébiotique à base de céréales germées fermentées. » En 2018, l’opérateur a encore travaillé le sujet. L’enjeu : réduire la consommation d’antibiotiques. En outre, il a développé une gamme d’aliments d’allaitement pour les troupeaux qui veulent valoriser leur potentiel génétique de production laitière. L’aliment se caractérise par son taux élevé de protéines de lait. « Cela permet une croissance rapide de la génisse et une initiation du développement mammaire de celle-ci. » Des résultats issus de recherches américaines et espagnoles. Cette année, lors du Space, l’industriel des Pays-Bas dit avoir vu « beaucoup plus de monde qu’en 2017 ». Christophe Decourcelle ajoute : « Ces dernières années, nous avons été novateurs et nous avons davantage communiqué. » Le fabriquant connaît un taux de croissance annuel compris entre +5 et +10 %. Les récents investissements destinés à améliorer la qualité des produits, tant sur le plan physique que nutritionnel, ne sont pas étrangers à ces chiffres.
Avec un rayon d’action s’étendant sur le Finistère et les Côtes-d’Armor, Even Nutrition animale produit annuellement 35 000 tonnes d’aliments pour bovins lait. Or, selon Jean-Yves Guichaoua, directeur technique, « il y avait encore beaucoup de travail à faire de la naissance à l’âge de six mois ». Il y a environ un an et demi, le fabricant breton a initié un programme expérimental, suivi aussitôt d’une mise en œuvre industrielle car « nous obtenions des résultats positifs » : 3 000 génisses profitent de la solution. Celle-ci repose sur deux piliers. Premièrement, Celtilait’Up : « L’aliment est formulé sur les niveaux d’acides aminés essentiels pour assurer la croissance du veau. » L’élevage de référence comptait 180 vaches laitières avec des pesées du veau à la naissance et quatre fois avant l’âge de 120 jours avec une consommation de 57 kg de Celtilait’Up en 57 jours. Résultats : à la naissance, le poids moyen des veaux était de 37 kg avec un minimum à 28 kg et un maximum à 44 kg. À 56 jours, au moment du sevrage, les chiffres étaient les suivants : 76 kg de poids moyen avec deux extrémités situées respectivement à 74 kg et 79 kg. Ce qui fait dire à Jean-Yves Guichaoua que « l’aliment lacté est performant ». À 120 jours, le poids vif moyen des animaux s’élevait à 142 kg. Et on montait à plus de 200 kg à 180 jours. Entre ces deux dernières étapes, le gain moyen quotidien par animal atteignait 1 030 g avec, en outre, une absence de mortalité. Ajoutons que les animaux n’ont reçu qu’un seul vaccin respiratoire pendant l’hiver et qu’il n’y eut aucun anticoccidien. « On accompagne la transformation du veau en ruminant en toute sécurité », déclare le directeur technique d’Even Nutrition animale. Qui ajoute : « On a intérêt à travailler sur le confort digestif de l’animal ! » Le deuxième pilier est l’aliment qui se nomme Rumitek Even. Né en 2017, ce produit est conditionné en vrac, en big-bag et en sac. Dans les trois cas, la composition est identique. « Un seul aliment de la naissance à l’âge de six mois, cela est gage de simplicité, de sécurité et de performances accessibles à tous les éleveurs, commente Jean-Yves Guichaoua. On introduit une très petite quantité de Rumitek Even dès huit jours et on arrive à une consommation à volonté à partir de quarante jours. » Ainsi, lors du sevrage, la consommation quotidienne est de plus de deux kilogrammes. Un mot sur la formulation : sélection de matières premières avec composition constante, huiles essentielles et niveau d’oligo-éléments assimilables très élevé.

Profitez du Space et de ses clients
Bonilait revient également au Space sur les bonnes performances de sa technique Once a Day d’alimentation lactée en un repas par jour : « C’est une innovation technique majeure qui répond autant aux problématiques de qualité de travail pour les éleveurs qu’à celles de croissance pour la génisse, explique Isabelle Mourot responsable marketing pour Bonilait. De même, notre nouvel aliment d’allaitement Spécial Démarrage, renforcé en protéines laitières, en probiotiques et huiles essentielles, associé à son plan d’alimentation spécifique en font une solution très appréciée qui a su trouver son public tant en France qu’à l’international. » Bonilait avait d’ailleurs invité ses clients étrangers d’Inde et Moyen-Orient à l’occasion du Space pour un colloque parisien et un programme de visites à la découverte des élevages laitiers dans l’ouest de la France. « C’était dense mais nos clients ont apprécié de découvrir plusieurs typologies d’élevage et de réaliser, grâce à leur visite au salon, la pertinence de nos références et notre place sur le marché français. »
« Nous avons fortement étoffé nos équipes ces derniers mois, souligne Isabelle Mourot, ce qui traduit notre volonté de soutenir notre développement et d’assurer le meilleur accompagnement à nos distributeurs. » La R&D s’est renforcée de même que l’équipe technique. « Les attentes des éleveurs de même que leur niveau de connaissances sont de plus en plus élevés. Ils attendent de nous des conseils pertinents et des innovations en termes d’élevage de leurs génisses. » Sur le stand de Bonilait, il fut également beaucoup question de réseaux sociaux grâce à l’arrivée d’une nouvelle recrue Zoé Bert, chargée de communication digitale, et notamment de la nouvelle présence de ses marques sur Facebook.
Bonilait rappelle également sa présence sur le marché des aliments liquides, avec depuis quelques mois un nouvel ingrédient innovant, un sucre d’origine laitière.
F. Foucher avec G. Hardy