Biocarburants : des coproduits de mieux en mieux connus… pour leur diversité

Le 02/12/2010 à 18:45 par La Rédaction
Etienne Laffitte (Inzo°) : « On va clairement manquer d’énergie dans les années à venir pour nourrir nos animaux ».

L’Institut du végétal (Arvalis) a focalisé sur les coproduits de biocarburants français à l’occasion de son séminaire annuel sur l’alimentation animale, réuni le 28 septembre dernier à Paris. Leur disponibilité les rend incontournables en formulation, d’autant que leurs caractéristiques nutritionnelles sont de mieux en mieux cernées, de même que leur diversité. Outre le soja, les produits fibreux sont le plus directement concurrencés.

Benoît Contour

Les programmes français et européen de biocarburants ont dopé, ces dernières années, la disponibilité des coproduits que sont, principalement, les tourteaux de colza et les drêches de blé ou de maïs. La production nationale de tourteaux de colza, qui n’atteignait pas 1 million de tonnes (Mt) en 2004, devrait avoisiner 2,6 Mt en 2011 (source : FranceAgriMer). À « moyen terme », elle devrait s’établir aux environs de 2,82 Mt (source : Prolea), dont 0,1 Mt de colza expeller (l’huile est extraite, non par action d’un solvant – l’hexane – mais par pression continue à chaud dans une vis sans fin ; ces tourteaux expeller sont plus riches en matières grasses). Si l’on prend en compte les exportations et les importations de tourteaux de colza, l’offre et la demande devraient s’équilibrer autour de 3 Mt en 2011, prévoit FranceAgriMer. La production nationale de tourteaux de tournesol, estimée à 0,68 Mt en 2009, devrait s’établir, à « moyen terme », aux alentours de 0,88 Mt, dont 0,57 Mt de tournesol non décortiqué, 0,28 Mt de tournesol décortiqué et 0,034 Mt de tournesol décortiqué expeller (source : Prolea). À comparer à une production française de tourteaux de soja de 0,41 Mt.

La production européenne de tourteaux de colza est évaluée à 12 Mt en 2009 et 13 Mt en 2010, et devrait atteindre 17 Mt en 2020. Le potentiel de production de drêches de céréales (blé, maïs et autres céréales) est, pour sa part, estimé à 3 Mt aujourd’hui en Europe (dont 0,7 Mt en France), chiffre qui sera porté à 3,7 Mt si l’on ajoute les deux usines qui démarrent en 2010 (source : Unigrains).

Des enzymes pour « sécuriser » les rations

Les travaux de recherche conduits sur les drêches produites en France (4 usines) ont déjà montré l’influence des procédés de fabrication – avec ou sans séparation des sons, du gluten, etc. – sur les caractéristiques des coproduits finaux. Non seulement les taux de protéines ou d’amidon s’en ressentent, mais encore les profils en acides aminés varient : dans une proportion allant du simple ou double dans le cas de la lysine (1,5 à 3 % de la MAT – matières azotée totale). Fabien Skiba (Arvalis) note encore que la digestibilité des acides aminés des drêches est inférieure de 10 points à celle des matières premières de base, celle de la lysine étant la plus variable. Autre caractéristique des drêches, elles sont « riches en phosphore qui, de plus, est très digestible », car « le process peut être source d’apport de phosphore ». Le process impacte également les teneurs des autres minéraux (sodium, soufre, calcium, potassium…), lesquelles « sont souvent dépendantes des produits utilisés pour nourrir les levures ou pour désinfecter les circuits en usine ». Il convient donc de les surveiller (particulièrement le sodium en volaille et le soufre chez les ruminants), de même que la balance anions cations alimentaire (Baca). Les mycotoxines doivent, elles aussi, être contrôlées dans la mesure où les drêches concentrent, « par un facteur 3 », le taux de contamination des matières premières (blé : déoxynivalénol et zéaralénone ; maïs : déoxynivalénol, zéaralénone, fumonisines voire aflatoxines pour les produits importés). Fabien Skiba observe enfin que les « effets des enzymes ne sont pas toujours très significatifs sur les coproduits de bioéthanol », mais qu’en revanche celles-ci « permettent une sécurisation des rations », par exemple chez le poulet.

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Les matières fibreuses sous pression

Jean-Luc Gurtler (FranceAgriMer) : « L’arrivée des coproduits de biocarburants représente une baisse des importations de tourteaux de soja (réduction de 12 à 19 % du déficit de la balance commerciale française). Mais aussi une détérioration forte du prix d’intérêt des issues de céréales, qui pèse aussi sur les prix des tourteaux de colza et des drêches. »

L’incorporation croissante, dans les rations, de tourteaux de colza ou de tournesol et de drêches de blé ou de maïs modifie les approvisionnements des usines d’aliments. Comment les équilibres entre matières premières se déplacent-ils ? C’est ce qu’ont étudié Frédéric Pressenda (Céréopa) et Jean-Luc Gurtler (FranceAgriMer). Divers scénarios de prix ont été testés à l’horizon 2012. Le plus probable (E-, P++) retient des sources d’énergie assez bon marché (blé à 135 €/t) mais des protéines toujours chères (soja à 311 €/t). Il a été mis en perspective d’un repli global et significatif des fabrications d’aliments (-1,9 million de tonnes). Comparativement à la campagne 2008/09, le blé, l’orge et le tourteau de soja reculent au profit du maïs, du tourteau de colza et, plus encore, du tourteau de tournesol, lequel bénéficie du développement du décorticage (voir tableau). En termes de prix de marché cette fois, « les matières premières riches en fibres sont les plus pénalisées », en particulier les issues de meunerie et les tourteaux de tournesol non décortiqué. En d’autres termes, ces matières premières fibreuses devront consentir les plus gros efforts de prix pour demeurer dans les rations (voir tableau). Les auteurs tiennent cependant à préciser que « l’impact des hypothèses sur les matières premières est à relativiser au regard de l’impact de la baisse de tonnage d’aliments ». Quoi qu’il en soit, la baisse de prix attendue pour les sons est telle que leur valorisation dans la production de chaleur pourrait être envisagée, en attendant qu’ils puissent être utilisés dans la fabrication de biocarburants de 2e génération.

Fournisseurs et acheteurs avancent leurs arguments

Pour clôturer la journée, une table ronde a réuni fournisseurs et utilisateurs de tourteaux et de drêches. Sylvain Tostain (Saipol) a mis en avant les atouts des tourteaux français, en termes économiques (attractivité des prix par rapport au soja, atténuation de la saisonnalité grâce à l’élargissement des types d’utilisation), qualitatif (caractéristiques stables par usine) et logistique (disponibilité régulière, circuits d’approvisionnement courts). Installée à Lacq (64), Abengoa Bioenergy France fait valoir la « très faible variabilité intra-campagne » de ses drêches et son approvisionnement à 100 % en maïs classe A du sud-ouest.

Du côté des utilisateurs, Etienne Laffitte (Inzo°) a reconnu les « atouts » des tourteaux de colza, qui constituent une source de protéines de bonne qualité (profil en acides aminés) et dont la qualité sanitaire est « en amélioration ». Si les taux d’utilisation augmentent, ils buttent néanmoins sur des limites commerciales en ruminants (« image négative par rapport au soja, ou inversement ! selon le contexte matières premières local ») et un certain manque de connaissances en monogastriques : « Beaucoup de travail reste à faire, surtout en volaille. » Etienne Laffitte s’est montré plus réservé sur les drêches : les disponibilités ne sont « pas à la hauteur des annonces » à cause des exportations, de la logistique ou d’arrêts d’usine. Leur qualité sanitaire (mycotoxines) reste « dépendante de la récolte ». La variabilité n’épargne pas des produits de même appellation...

... Retrouvez l'intégralité de l'article dans la RAA 641 - Novembre 2010