Le 27 octobre, l'Aftaa a organisé une journée dédiée à la filière porcine en visioconférence. L'occasion d'aborder des sujets de génétique, d'élevage de mâles entiers, de nutrition et d'économie. Objectif atteint pour l'Aftaa : une cinquantaine de connexions pour cette journée de colloque.
Après une présentation de l’Aftaa aux 50 personnes connectées par Philippe Cazes, vice-président, le 27 octobre dernier lors de la journée porcs organisée en visioconférence, Jean-Marc Aubret, délégué général, plante le contexte. « Nous sommes dans un contexte de baisse de l’offre et de décrochage de la demande. L’Europe représente un peu plus de 20 % de la production mondiale, avec l’Allemagne et l’Espagne en premiers producteurs. La France, quant à elle, représente 10 % de la production européenne. » Depuis août, la barre des 2 €/kg de porc a été franchie.
L’amélioration de l’efficacité alimentaire est un des enjeux majeurs pour la sélection génétique. « Plus que l’efficacité alimentaire, je pense qu’il y a vraiment une grosse clé pour nous, sélectionneurs et globalement la filière animale en général, c’est d’être capable d’augmenter la quantité de ressources qu’on produit par rapport à la quantité de ressources consommées », déclare Guillaume Lenoir, responsable service génétique chez Axiom.
L’efficacité alimentaire est majoritairement sélectionnée au travers de l’indice de consommation (IC) en engraissement, axe fort, principalement dans les lignées paternelles. Aujourd’hui, 65 % de l’objectif de sélection chez le porc Piétrain est basé sur l’IC. Cet axe est présent dans les lignées maternelles mais de manière plus modérée (sur une Large-White, 33 % de l’objectif de sélection est l’IC). L’IC est un ratio à deux composantes, « c’est un des problèmes, nous ne savons pas sur lequel des deux critères nous agissons ». Pour pallier ce genre de problème, il existe un développement d’un nouveau critère : le GMQ résiduel (GMQres). Il s’agit de réaliser une modélisation de la croissance en engraissement pour estimer le GMQ potentiel de l’animal en engraissement à partir de son GMQ de post-sevrage et de la consommation moyenne journalière qu’il a réalisé. « Cela nous a permis de déterminer un GMQ potentiel de l’animal avec son GMQ réel et on obtient le GMQ résiduel. Si le GMQres est supérieur à zéro, l’animal a réalisé une croissance au-delà de l’attendu, mais si le GMQres est inférieur à 0, l’animal a réalisé une croissance inférieure à l’attendu », explique le responsable du service génétique.
Chez le sélectionneur Danbred, Philippe Chupin, directeur France, présente une autre stratégie. Un des objectifs de sélection à venir est de sélectionner sur le leader positif : « c'est le porc leader de la case qui va entraîner les autres à manger, par exemple ».

Adaptation de la nutrition
En Europe, sur 255 millions de porcs abattus, 45 millions sont des mâles entiers. La production de mâles entiers engendre un risque, celui de l’odeur. Un essai a montré que 10 à 15 % de tournesol dans la ration en croissance et finition limite ce risque d’odeur émise par la production de scatol dans le gros intestin. Le mode d’élevage est également important : il y aurait moins d’odeurs sur caillebottis que sur paille. L’alimentation a donc une importance pour les odeurs : selon Patrick Chevillon, chef de projet au pôle viande et charcuterie de l’Ifip, « il faut qu’elle soit riche en fibres et l’énergie doit être adaptée à la ration ».
Les principaux facteurs à prendre en compte pour caractériser par profil génétique sont la prolificité, le dépôt de muscle et de gras, le gabarit, la consommation en maternité et l’âge au sevrage. Ces facteurs vont permettre d’évaluer les besoins nutritionnels par truie pour mettre en place un plan d’alimentation par groupe de truies aux besoins équivalents.
Pour gérer l’alimentation des truies en gestation, Techna a développé un logiciel de pilotage de l’état corporel des truies. Il permet de piloter des bandes en gérant des cinétiques de croissance et d’évolution d’états corporels, tout en répondant aux besoins nutritionnels estimés à moindre coût et en optimisant les capacités de l’élevage. Ce logiciel analyse les pertes d’état en lactation pour alloter les truies et propose des plans d’alimentation basés sur les besoins en énergie et en lysine digestible. Gérer ces apports nutritionnels en fonction de la génétique permet d’éviter le gaspillage, les carences, l’amaigrissement et, à l’inverse, l’embonpoint. « L’idée est d’homogénéiser le troupeau et d’avoir une action positive sur la longévité des truies et sur la qualité des porcelets », explique Christian Debevere, responsable marché porc chez Techna.
Sur le post-sevrage, connaître le profil génétique permet d’adapter au mieux l’aliment. Pour le charcutier, la consommation et le dépôt de muscle et de gras permettent d’établir un profil de croissance en engraissement, pour évaluer des besoins nutritionnels. Il est essentiel d’évaluer le potentiel de consommation et de croissance des porcs à l’engraissement. « Pour ce faire, nous menons des essais sur des plans d’alimentation, plutôt à volonté sur des animaux non carencés en énergie et en acides aminés car l’idée n’est pas de trouver la meilleure nutrition, mais d’exprimer au maximum la capacité des animaux. Nous utilisons différents critères : la consommation à 50 kg, la consommation à 110 kg, le niveau de GMQ maximal (potentiel) et l’âge auquel ce GMQ maximal est atteint, définissant ainsi la précocité du profil génétique. Ce genre d’essai permet ensuite de tracer des profils de croissance. En fonction des modèles tracés, on pourra déterminer les besoins en lysine digestible en fonction du sexe, de la génétique et de la castration éventuelle. »
Le besoin de la truie elle-même a peu augmenté au fil des années. Le gabarit est conservé par la sélection génétique. En revanche, le nombre de porcelets par portée a augmenté donc les besoins pour les satisfaire également : plus d’énergie et plus de lysine digestible ont été apportées dans les rations.
Sur la période 30 à 40 jours de gestation, il est conseillé de ne pas baisser trop fortement la ration car il s’agit de la mise en place des fibres musculaires des porcelets et donc le développement de leur potentiel de croissance pour la suite. Mais autour de la mise-bas, il est conseillé de diminuer la ration, suivi d’une augmentation de 500 g/j après mise-bas pour atteindre un plafond variable selon les troupeaux. Le Gouessant a développé des gammes pour la partie allaitante, qui apporte « fortement de l’énergie, de la protéine, de la lysine digestible et des vitamines », détaille Gwénola Ramonet, cheffe produit porc Le Gouessant. « Nourrir les truies avec cette gamme a fonctionné sauf pour quelques troupeaux. » Aujourd’hui des paliers sont atteints : 8,5 g/kg de lysine digestible pour les gains de portée et 9 g/kg pour pallier la perte de poids de la truie. De plus, la nutrition seule n’explique pas tout le poids de portée. Il faut prendre en compte le nombre de porcelets, les réserves corporelles de la truie, la prise alimentaire et il existe 40 % de facteurs inexpliqués. Une des pistes est l’inflammation dont le critère haptoglobine a été analysé. D’autres critères peuvent expliquer ces 40 % dans la bibliographie : le fonctionnement du foie, etc.
« Nous avons retravaillé notre aliment pour truie hyperprolifique : pour la première fois depuis des années nous avons accepté de baisser les valeurs nutritionnelles de nos aliments et notre concept va prendre en compte des facteurs comme l'inflammation des truies, le foie, etc. Le fait d'avoir pris tout ça en compte, revoir le plan d'alimentation, abreuver davantage les truies, modifier notre aliment, nous avons retrouvé petit à petit notre poids de portée objectif. »

Compétitivité de la Faf
La Faf est la valorisation de matières premières de l’éleveur (produites et achetées) avec l’utilisation de complémentaires ou de minéraux. Les complémentaires permettent une meilleure maîtrise du coût alimentaire et le besoin actuel est de réduire l’impact de la volatilité du prix des matières premières.
La part actuelle du coût alimentaire dans le coût de production pèse très lourd et atteint les 70 % du coût de production. Selon Aline Garlan, responsable formulation et nutrition porc pour Seretal (Groupe Michel), « les éleveurs doivent s’interroger sur l’utilisation de leurs propres céréales ou des céréales et coproduits qui pourraient être disponibles sur le marché. Les fabricants d’aliments doivent avoir la capacité d’accompagner les éleveurs sur ces dossiers de Faf, complémentaires adaptés, etc. ». Aujourd’hui, un éleveur qui utilise un complémentaire à 30 % avec 70 % de maïs qu’il aurait produit, l’écart est de plus de 46 € par rapport à un aliment complet.
Les complémentaires sont souvent à la carte pour tenir compte des matières premières disponibles chez l’éleveur et de leur qualité. C’est pourquoi ils sont évolutifs dans l’année pour un même élevage. Pour la création de complémentaires, il faut avant tout qualifier les matières premières de l’éleveur pour lui reconstituer un bon aliment et d’autre part, les suivre dans le temps pour ne pas avoir de déviation.
Le maïs humide est économique, technique, nutritionnel et peut être stocké de deux manières différentes : ensilé (investissement modéré) ou maïs grain entier inerté (investissement de départ plus conséquent). À la collecte, le niveau d’humidité ne doit pas être trop bas (entre 32 et 38 % pour le maïs ensilé et entre 24 et 32 % pour l’inerté) pour favoriser le tassement et permettre le développement de l’acide lactique. Le deuxième point de vigilance c’est le broyage. 80 % des particules doivent être inférieures à 2 mm. « Au moment du stockage on préconise d’utiliser un conservateur pour contrôler rapidement les bonnes fermentations et assurer la production d’acide lactique. »
Le lactosérum est disponible localement avec des prix intéressants mais la qualité du stockage et la régularité entre deux livraisons doivent être des points d’attention. Les coproduits peuvent substituer les céréales pour réduire la dépendance aux céréales et le taux d’incorporation des complémentaires. « Le complémentaire est un choix qui devrait progresser, il est relativement simple en fonctionnement et les besoins en main d’œuvre sont limités. Il y a moins de qualification nécessaire que pour la Faf des minéraux. »
Éva Marivain