En marge de la prochaine assemblée générale du Snia, Syndicat national de l'industrie de la nutrition animale, organisée le 3 juin à Paris, Alain Guillaume et Stéphane Radet, président et directeur, abordent les sujets qui font l’actualité du syndicat et de la filière. Si l’année 2016 s’annonce encore difficile côté chiffres, elle sera riche en engagements et réalisations.

La Revue de l’alimentation animale : La crise touche aujourd’hui toutes les filières en même temps. Quel regard portez-vous sur cette situation ?
Alain Guillaume : Nous sommes tournés vers les entreprises qui se trouvent aujourd’hui devant des problèmes d’impayés qui atteignent des niveaux records, surtout en production porcine et laitière. Du jamais vu. Elles ne peuvent plus supporter seules ces dettes. Dans l’immédiat, mais aussi à moyen terme, la situation est inquiétante, car les fermetures d’élevages qui représentent un nombre non négligeable en porc et en lait, réduisent à terme notre potentiel de marché. Cela se traduit par une baisse d’activité pour nos usines. Les fabricants sont en première ligne au côté de leurs clients.
En aliments vaches laitières, la production 2015 est en baisse de -4,8 % par rapport à 2014. Sur les premiers mois de cette année, la baisse atteint les -10 %. Allant même jusqu’à -14 % sur janvier et février. On observe une dégradation très nette, qui ne cesse de s’amplifier. Il n’y a que la volaille qui augmente un peu, avec +0,7 % entre 2015 et 2014. Mais pour ce début 2016 une perte de 280 000 tonnes est attendue, conséquence des mesures prises sur les élevages contre l’influenza aviaire. Ces tonnages en moins n’étaient pas prévus. Le Sud-Ouest est particulièrement touché et la baisse va perdurer, en palmipèdes gras, jusqu’à la deuxième partie de l’année. Il faut regarder comment les choses vont évoluer dans les mois à venir. 2015 avait terminé avec une baisse limitée à -0,4 % toutes espèces confondues. Mais depuis le début 2016, il n’y a pas un dynamisme marqué, pas de signaux encourageants. Ça ne va pas être une bonne année du tout.
RAA : Votre assemblée générale se déroulera le 3 juin prochain à Paris, sur le thème Éclairer l’offre de la nutrition animale. Pourquoi ce choix ? Qu’attendez-vous de ce rendez-vous ?
A. G. : Le travail de chaque entreprise est de garder et de gagner des clients, cela passe par une offre adaptée à leurs attentes. Un travail collectif est également à faire pour mettre en lumière toute la contribution du secteur, il y a beaucoup à faire. L’assemblée générale va se dérouler en deux étapes. Un séminaire réservé aux adhérents est organisé la veille, le 2 juin. Il permettra la rencontre entre les professionnels de l’alimentation animale et un panel d’éleveurs. L’objectif est d’instaurer un dialogue vrai et enrichissant pour mieux connaître le regard que les éleveurs portent sur notre profession. Nous allons chercher à établir des arguments communs pour démontrer notre contribution dans les filières agricoles et agroalimentaires. Nous travaillerons sur le comment, pour mieux valoriser notre activité et nos engagements, notamment en termes de durabilité des aliments pour animaux, de leur qualité et leur sécurité sanitaire. Ces points relèvent de l’intérêt général de la profession.
Le lendemain, nous invitons des responsables d’entreprises à prendre la parole : Denis Lambert, président du directoire de LDC, spécialisé dans la transformation et la commercialisation de volailles et Christophe Bonno, P-DG d’Agro-mousquetaires. Il est important de voir comment notre offre se place et quelles sont leurs attentes. Nous ferons ensuite un focus sur l’avenir et en particulier les nouvelles technologies : data, robots, etc. Comment les fabricants d’aliments peuvent valoriser ces données, pour la production d’aliments mais aussi l’apport de conseils d’utilisation auprès de leurs clients.
Lors de son congrès 2016 à Antalya en Turquie, la Fefac a présenté sa vision à l’horizon 2030. Le Snia a participé à cette réflexion et adopte complètement ses conclusions. Ruud Tijssens, président de la Fefac viendra présenter ce document pour en discuter avec nos invités.
RAA : Quelle place occupe aujourd’hui le durable en alimentation animale ?
A. G. : Nos entreprises ont bien compris et depuis longtemps que la baisse de l’impact environnemental (et de leur facture) passait par le transport. Il y a encore des choses à faire. Mais le premier élément porteur de l’empreinte environnemental d’un fabricant, ce sont les matières premières. Il y a bientôt trois ans, avec Coop de France Nutrition animale, nous avons été à la rencontre de l’ensemble des parties prenantes de la chaîne alimentaire afin de définir la durabilité des matières premières. Une réflexion globale axée sur trois points : social, environnemental et économique. Cette réflexion commune a conduit à la rédaction d’une charte d’engagement, baptisée Duralim, qui sera dévoilée le 7 juin prochain lors d’une réunion au Conseil économique, social et environnemental (Cese).
C’est le top départ d’un long chemin qui nous attend. Le Snia tiendra toute sa place dans cette démarche collective innovante basée sur la participation de chaque maillon. Nous invitons nos adhérents à s’engager sur différents axes de cette charte. Plus largement, nous encourageons toutes les entreprises de la chaîne alimentaire à rejoindre la plateforme Duralim.
Les fabricants d’aliments sont des entreprises responsables. Et cela doit se traduire jusque dans les approvisionnements en matières premières. Nous nous devons d’encourager et valoriser les bonnes pratiques de nos fournisseurs. Nous devons les promouvoir car, comme tout maillon d’une chaîne, nous devons répondre aux attentes des maillons suivants et rapporter ce que nous faisons et ce qui se fait en amont. Duralim est une démarche de progrès soutenue par toute la chaîne qui devrait conduire à une valorisation des produits français. C’est le souhait que nous formulons.
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E. Mouraud
Retrouvez l'intégralité de l'article dans la RAA 696 - mai 2016